C'est fou comme le temps passe vite, comme toutes ces choses, ces souvenirs du passé innocent si présents à nos esprits, à nos mémoires sont en réalité lointains. On nous vole notre insouciance, cette société qui nous arrache à notre subjectivité, à ce qui constituent nos particularités, nos différences, cette originalité perdue, ce charme si rare. On a peut-être pas le recul, ou simplement la volonté d'échapper à "l'ultrasocialisation", à la vanité de reconnaissance et de prospérité qu'un si grand nombre considère d'un si grand cas. Ce manque de détachement de l'autre conduit inexorablement à l'uniformisation des comportements, des excès à adopter. Les lieux communs de cette tendance ne sont pas à aller chercher très loin, on se réunit aux endroits où le troupeau converge, montre sa laine au plus grand nombre, et finalement la cède au plus offrant, en apparence. Paradoxalement, on s'imagine unique, moralement sain et fort de ses différences physiques ou intellectuelles alors que lorsque l'on cache ses peurs intérieures par une recherche constante du regard de l'autre sur soi ou simplement de l'admiration de nos amis, il n'en est rien.
"Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles ou le plaisir de changer, que le dégoût de n'être pas assez admirés de ceux qui nous connaissent trop, et l'espérance de l'être davantage de ceux qui ne nous connaissent pas tant. "
La Rochefoucauld, Maximes